Seattle Juin 2008

Lors de sa tournée pour la promotion de Kushiel's Mercy en Juin 2008, Jacqueline Carey s'est arrêtée à l'Université Bookstore de Seattle pour une séance de dédicaces et "un questions/reponses" avec ses lecteurs.

 

Attention toutefois, cet entretien est susceptible de contenir des spoilers pour les lecteurs n'ayant lu que la 1ère trilogie de Kushiel !

Traduit de l'anglais par Sangoire.

 

Q : Combien de temps cela vous prend il pour imaginer ces livres ?

 

R : La période de gestation varie, mais pour La Marque cela a pris quelques années. Je termine toutes mes recherches avant de commencer le processus d’écriture. Je suis un écrivain qui imprime au fur et à mesure et qui ne peut pas avancer tant que les scènes précédentes n’ont pas été améliorées.

 

Q : (Un homme la remercie de l’avoir guidé vers un amoureux très intéressant et pour avoir satisfait ses amoureux précédents). Est-elle consciente des communautés construites autour de son monde ?

 

R : Non bien que le style de vie BDSM soit plutôt assez proche et excessivement bien construit.

 

Q : Avez vous des blocages d’écrivain ?

 

R : J’ai l’architecture de l’intrigue établie très clairement avant que je ne commence à écrire, donc je n’ai pas de blocages de type «que se passe-t-il après ». Mais je me retrouve bloquée par des choses très simples comme l’habillement. Je ne peux pas écrire sur la fête si je ne peux pas visualiser la robe. Parfois les gens regardent de près les robes sur les couvertures et se demandent où sont les bretelles.
Ma réponse est que je ne peux garantir que ce que je décris obéit aux lois de la Physique.

Beaucoup de l’écriture a à voir avec la construction de solides fondations sur lesquelles construire ses intrigues.

 

Q : Quelle quantité de l’aspect lyrique de votre prose est intentionnelle et laquelle est le produit du rythme dans votre tête ?

 

R : J’écris en rythme parce que j’aime ça. J’en suis consciente. La façon dont je le fais est délibérée mais pas préméditée.

 

Q : Quel livre est votre favori ?

 

R : Quelqu’un pose toujours la question du Choix de Sophie. Je n’ai pas de favori. Chacun d’entre eux a différents challenges inhérents. Aucun ne me donnera le choc de la nouveauté que j’ai eu avec La Marque. L’Elue a une intrigue mystérieuse dans la première partie. Kushiel’s Scion est un classique du livre d’apprentissage. J’aime tellement l’apogée de Kushiel’s Justice. Cela me déchire à chaque fois que je le lis. Kushiel’s Mercy est probablement l’un des livres les plus amusants à écrire. Très drôle. C’est le livre qui me fait craquer.

 

Q : Parlez nous de vos recherches linguistiques. Avez-vous une préférence ?

 

R : Pas de préférence. J’aime les mots : ce à quoi ils ressemblent, la façon dont ils sonnent, la façon dont je pense qu’ils résonnent. J’aime jouer avec eux.

 

Q : Comment nommez vous vos personnages ?

 

R : Parfois je pense « je veux que cela commence par un R » et parfois j’ai une signification à l’esprit. C’est généralement un mélange.

 

Q : Avez-vous des livres situés dans d’autres mondes ?

 

R : Oui la duologie The Sundering : Godslayer and Banewreacker. Il sont le Silmarillion du Seigneur des Anneaux de Tolkien. J’ai besoin de faire des choses différentes entre deux gros projets. Et je suis en train de travailler sur un projet « super secret » qui sortira en mai 2009 sous le pseudonyme Madalon Easton (*le livre sortira finalement sous le nom de Jacqueline Carey).Santa Olivia est une nouvelle post-punk qui se passe dans une ville en bordure du désert avec des bastons et deux filles amoureuses.

 

Q : Est-ce que les personnages créent le monde ou bien est-ce le monde qui crée les personnages ?

 

R : Ni l’un, ni l’autre. Le processus créatif est un mystère avec un grand M, et les personnages en sont une partie. La construction d’un monde est plus intentionnelle.

 

Q : Quelle quantité de l’architecture de l’intrigue connaissez vous à l’avance ?

 

R : J’ai écrit La Marque comme un one-shot, laissant la porte ouverte à de prochains livres. Avec le manuscrit, j’ai eu un agent et la première chose qu’il demanda fut « Allez vous écrire une suite ? » Je connais le poids douloureux de l’intrigue romanesque mais je travaille l’intrigue individuelle livre par livre.

 

Q : Faites vous un plan ou tout est dans votre tête ?

 

R : Mon plan est dans ma tête. Je peux désigner le moment où tout s’est mis en place dans ma tête pour La Marque : je traversais un pont au coucher du soleil. Je suis rentrée à la maison et ai commencé à prendre des notes et j’ai dit : « Mince, pas de ça, je vais commencer à écrire le livre »

 

Q : Écrirez vous un jour des nouvelles sur la première rencontre de Delaunay et Melisande ?

 

R : A cet instant je n’ai pas pour projet de le faire mais je ne dis jamais jamais.

 

Q : Quelqu’un vous a-t-il approché à propos des droits pour un jeu de rôles ? (question posée par l’homme ayant trouvé un amoureux grâce à Kushiel)

 

R :  Pourquoi cette question semble plus chargée de sens venant de vous ? (Rires) Rien de sérieux.

 

Q : La fantasy a-t-elle toujours été le genre que vous vouliez écrire ?

 

R : Le genre fantasy est un de mes amours de longue date, mais ce n’est pas par lui que j’ai commencé à écrire. L’un de mes premiers manuscrits était une histoire de passage à l’age adulte par sept bacheliers dans un chalet dans les bois. Il ne verra jamais le jour mais cela m’a appris à écrire des dialogues fluides.

 

Q : Qu’est ce que vous lisez ?

 

R : Guy Gavriel Kay, mais je suis trop occupée à faire des recherches pour prendre du plaisir à la lecture. En venant ici je lisais Voyages avec Charlie de Steinbeck.

 

Q : Quel a été votre parcours d’écrivain ?

 

R : J’ai commence à écrire quand je m’ennuyais vraiment pendant les cours d’anglais au collège. Je tenais un journal au dos de mon cahier de classe et j’ai écrit dessus tout au long du collège et du lycée.
Quand j’ai eu mon bac, j’ai pris une année pour participer à un programme d’échanges et j’ai travaillé dans une librairie à Londres, où j’ai réalisé que la seule chose que je voulais vraiment faire c’était écrire. Quand je suis revenue, j’ai pris un travail qui demandait un engagement de trois ans et j’ai dit « bien, je ne peux rester qu’une année parce que, vous voyez, j’ai ce livre que j’écris… » j’ai travaillé là pendant dix ans. La première chose que j’ai écrit était un dérivatif. Je le savais mais je devais le faire. La chance est seulement un des aspects du fait d’être publié, la persistance est l’aspect le plus important.

 

Q : Est-il difficile de passer d’une vision féminine à une vision masculine ?

 

R : Phèdre (narratrice de la première trilogie Kushiel) et Imriel (narrateur de la 2ème) sont tellement différent que de passser du masculin au féminin n’était qu’une petite partie des difficultés incluses dans le changement de perspective. J’ai beaucoup lu de perspectives masculines pour préparer Imriel mais je ne voulais pas créer une femme travestie en homme.

 

Q : D’où vous est venue l’idée de La Marque ?

 

R : De tellement de choses. Un voyage dans le sud de la France. Un rêve effrayant que j’ai eu. Je faisais une recherche sur l’angéologie et je me suis mal souvenue d’un sujet. Quand j’ai commencé à écrire il n’y avait pas autant de fantasy contenant du sexe. La sexualité est une grande partie de l’expérience humaine et je trouvais que cela manquait dans ce genre .

 

Q : Quel est votre signe ?

 

R : Balance

 

 

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