Estante de Livros - Février 2010
Traduit de l'anglais par Ange.
EL - Comment vous est venue l’idée d’écrire « Kushiel’s Dart » ?
JC - L’inspiration est venue en partie d’une recherche que j’effectuais sur l’Angéologie pour les besoins d’un essai, l’autre partie m’est venue lors d’un voyage dans le sud de la France.
Les autres aspects sont simplement un cadeau des Muses – dont Phèdre, le personnage principal.
EL - Etait-ce votre intention dès le départ d’écrire une série, ou bien est-ce l'accueil chaleureux qui vous a encouragé à continuer ?
JC - J’ai laissé volontairement la fin entre-ouverte et lorsque j’ai trouvé un agent, l’une des premières choses qu’il m’a dit c’est « Ecrivez une suite ! ». Les idées pour le deuxième et le
troisième volume sont venues d’un coup, ainsi que la possibilité de continuer la série avec un protagoniste différent.
EL - J’aime beaucoup les livres narrés à la première personne, mais de tous les ouvrages que j’ai lus jusqu’à maintenant avec cette particularité, probablement la moitié d’entre eux,
n’ont pas bien fonctionné. La voix de Phèdre est tellement unique et bien rendue, était-ce un gros défi ? Comment vous êtes vous mise dans sa tête ?
JC - Beaucoup d’auteurs trouvent la narration à la première personne contraignante, mais j’apprécie de ne pas avoir à me soucier des changements de points de vue. Mon style littéraire est
naturellement baroque et j’ai pu lui donner libre cours pour la première fois dans Kushiel’s Dart. Et pour ce qui est de me mettre dans l’esprit de Phèdre, je pense que c’est une partie du
mystère qui entoure le processus de création. Les écrivains ne savent pas toujours comment ils font ce qu’ils font !
EL - Il y a beaucoup de scènes érotiques très évocatrices dans vos livres, et un certain nombre d’entre elles ne rentre pas dans la catégorie « confortable » pour la plupart des gens.
Mais je n’ai jamais eu l’impression qu’elles étaient inutiles ou déplacées : elles ont un sens pour l’histoire. Que pensez-vous de leur importance ? Croyez-vous que cet aspect puisse rebuter
certains lecteurs ?
JC - Croyez-moi, j’ai réfléchi très longuement à ce côté érotisme sombre avant de commencer à écrire car je savais le risque que cela impliquerait. Finalement j’ai pensé que ça pourrait être un
moyen fascinant de renverser le cliché de « l’héroïne-victime » qui existe dans beaucoup de nos œuvres populaires. J’ai essayé de traiter ce thème avec délicatesse et je me suis
assurée qu’aucune de ces scènes ne soit gratuite mais qu’elles soient au contraire utiles à l’intrigue. Pourtant, cela signifiait indiscutablement que je n’atteindrais pas les jeunes
lecteurs. Je dois souvent dire aux parents que non mes livres ne sont pas adaptés à vos enfants de 13 ans fans de Harry Potter.
EL - J’ai lu un grand nombre de livres de fantasy et je pense que l’un des aspects qui rend certain d’entre eux exceptionnels est un monde bien construit et documenté. Les livres de
Kushiel sont situés dans un univers qui évoque la Renaissance européenne avec des lieux très bien décrits et une mythologie prédominante. Comment avez-vous fait vos recherches ? Avez-vous visité
l’Europe et les autres pays dont les lieux de vos écrits sont inspirés ?
JC - J’ai probablement visité la moitié des pays que j’évoque sur l’ensemble des six volumes dédiés à la série Kushiel. La France, l’Angleterre, l’Italie, la Grèce, l’Egypte, oui. L’Allemagne,
l’Espagne, l’Iran, Chypre, la Russie, non. J’aimerais pouvoir faire des recherches sur place pour tous mais le temps et le coût ne me le permettent pas ! La méthode traditionnelle de recherches
avec des livres et beaucoup d’aide via internet, font la différence.
EL - La religion joue un rôle très important dans la 1ère trilogie, mais j’ai eu le sentiment qu’elle était très éloignée de la façon dont la plupart des gens la perçoivent aujourd’hui.
Etait-ce un moyen pour vous de mettre en exergue ce que vous pensez être primordial concernant la foi ?
JC - J’étais intéressée par l’exploration du concept d’un dieu dont le seul attribut divin est l’amour, l’amour sous ses multiples facettes. Si je devais choisir un seul aspect de la foi à
mettre en évidence, ce serait certainement celui-ci.
EL - Vous avez déjà écrit des livres en dehors du monde de Kushiel (Santa Olivia, la série Banewreaker) et pourtant vous y revenez (récemment avec Naamah’s Kiss). Est-ce à la fois un défi
que vous vous imposez et une façon pour vous de retourner à une valeur sûre ?
JC - C’est une bonne analyse. C’était certainement un challenge d’examiner un environnement familier a travers un regard neuf, mais j’adore le monde que j’ai créé et c’était un plaisir de le
revisiter. J’ai aussi saisi l’occasion d’explorer des contrées plus lointaines, qui inclue un merveilleux voyage de recherches en Chine.
EL - Vos principaux travaux appartiennent à la catégorie des romans de fiction. Avez-vous envisagé la possibilité d’écrire quelque chose en dehors de ce genre ?
JC - Oui et peut être qu’un jour je le ferai, mais jusqu’à présent mes meilleures idées et les plus excitantes sont dans ce genre.
EL - Quelles sont vos références littéraires ? (Auteurs, genres…)
JC - Je lis de tout et dans tous les genres. J’apprécie les romans de littérature générale, les policiers, les thrillers, le paranormal, la fantasy, la science fiction, les comédies. Le roman
historique est une grande influence littéraire pour moi. Les romans de Mary Renault situés dans la Grèce antique furent les premiers livres adultes que j’ai lus, et restent parmi mes préférés, à
la fois pour leur capacité à refaire vivre le passé et leur écriture lyrique. La phrase d’ouverture de Kushiel’s Dart est en hommage à « The Persian Boy », le tout premier livre que j’ai lu
d’elle.
EL - Y-a-t-il quelque chose que vous souhaitez dire à vos fans portugais actuels et futurs ?
JC - J’espère que vous aimerez les livres et qu’un jour je pourrai ajouter le Portugal à la liste des pays que j’ai eu le bonheur de visiter.