La Diva
Brève par Sangoire.
Au moment de sa tournée de promotion pour la sortie américaine de Kushiel’s mercy (juin 2008) Jacqueline Carey a écrit, pour le site d’une librairie américaine, un petit
essai où elle raconte une anecdote de sa vie d’auteur.
N’étant pas traductrice professionnelle je n’ai pas osé faire une traduction de son texte à la première personne et vous propose une version "commentée" et un peu déstructurée de son texte
original.
Jacqueline habite dans une petite ville du Michigan. Elle y vit depuis ses dix ans donc c’est une « locale ». Elle connaît beaucoup de gens et beaucoup la
connaissent.
Elle n'est pas une immense célébrité et elle essaie de ne pas prendre la grosse tête mais il arrive que, dans la rue, des gens la désignent aux touristes comme l'attraction
locale.
Un guide va même jusqu'à plaisanter en prétendant aux touristes ignorants, qui ne comprennent sans doute pas la blague, qu'elle est "la dame qui a écrit ces fameux livres
sur Harry Potter".
Bref elle présume que parfois les gens la reconnaissent mais elle ne se la joue pas diva, sachant que de toutes façons les gens se chargent de la mettre en
avant.
Elle n'est pas faussement modeste et est fière de ce qu'elle écrit mais elle essaie de garder les pieds sur terre et un certain recul.
Surtout qu'au final y'a quand même des billions de livres vendus qui la séparent de la dame qui écrit ces livres sur Harry Potter !
Mais elle a quand même failli vivre un moment de vanité et prendre la grosse tête, là juste à la caisse du supermarché.
Alors voilà :
Jacqueline vient de faire ses courses, elle se trouve à la caisse de l’équivalent américain d’un Franprix et la caissière enregistre ses articles. Jacqueline connaît cette
femme de vue et l'a vue assister à une réunion à la bibliothèque locale plus tôt dans la semaine.
Les articles bipent et la caissière lui dit : "Alors j'ai entendu dire que vous êtes écrivain...". Jacqueline sourit et acquiesce en passant sa carte de crédit, tout en se
demandant qui a bien pu chanter ses louanges. Elle se prépare mentalement à accepter avec des remerciements gracieux le très spontané "c'est tellement sympa" qui ne va pas manquer de
suivre.
Mais à la place la caissière dit : " Pourquoi n'êtes vous pas dans notre groupe d'écriture ?"
Jacqueline la fixe, un peu ébahie, pendant que des pensées décapantes de diva se bousculent dans son esprit : "Parce que je n'ai pas besoin de votre minable petit groupe
d'écriture !" " Parce que je suis déjà un auteur à succès ! " "Parce que je suis "légèrement" célèbre dans certains milieux tordus !" Et la pire de toutes, " Vous ne savez pas qui je suis
?"
Mais au lieu de tout cela, elle a répondu en bégayant "Euh ... Je suis plutôt bien reconnue" tout en grimaçant intérieurement devant sa condescendance implicite et a essayé
d'arranger les choses en ajoutant la réelle mais piètre précision : "et j'ai tendance à travailler mieux en solitaire" Trop gênant !
Ce fut un bon retour à la réalité avant de commencer sa tournée pour la promotion de Kushiel's Mercy. Elle se dit que chaque fois qu'elle rencontrera ses adorables fans qui
auront apprécié le livre, elle l'espère, et qui, du coup, lui diront assez de gentilles choses pour lui faire "prendre le melon" (ça c'est vraiment mon expression) elle se souviendra de la
caissière du supermarché qui n'au aucune idée de qui elle est, ni de ce qu'elle a écrit. Et elle se dira alors qu'elle est très, très chanceuse de pouvoir faire ce qu'elle aime pour gagner sa
vie.
Elle va garder en tête qu'elle doit être reconnaissante. Personne n'a envie de rencontrer son auteur favori et de se rendre compte qu'il ou elle est une diva. Elle, en tout
cas, n'en aurait pas envie.
Elle conclut par : " Alors je ferai de mon mieux pour être l'auteur que je veux être en tous points ; l'auteur que j'aimerais rencontrer aussi bien que l'auteur que
j'aimerais lire. Et je garde les pieds sur terre".
